Les restrictions imposées par les autorités congolaises pour tenter de contenir la 17ᵉ épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo suscitent des inquiétudes parmi les acteurs humanitaires, alors que la suspension des vols entre Bunia et Kinshasa commence également à affecter le trafic aérien régional, a appris Desknews lundi de sources concordantes.
Les autorités congolaises ont suspendu les liaisons aériennes entre Bunia, épicentre principal de l’épidémie dans la province de l’Ituri, et la capitale Kinshasa, afin de limiter les risques de propagation du virus Ebola de souche Bundibugyo, pour lequel aucun vaccin homologué n’est disponible à ce stade.
Selon le dernier bilan officiel, l’épidémie a déjà causé 220 décès parmi 904 cas suspects enregistrés dans les zones affectées.
Le gouvernement justifie ces restrictions par la nécessité de renforcer la sécurité sanitaire des voyageurs et de freiner la circulation du virus à travers le pays.
Cependant, plusieurs observateurs et acteurs humanitaires estiment que ces mesures pourraient avoir une portée limitée, dans la mesure où d’autres villes de l’Est du pays, notamment Beni et Kisangani, demeurent accessibles par voie routière et continuent d’assurer des liaisons aériennes avec Kinshasa.
« Empêcher le vol comme moyen d’empêcher la diffusion du virus ne sera pas efficace », a estimé Joseph Kakisingi, coordinateur des humanitaires congolais.
Selon lui, les populations concernées continueront à se déplacer malgré les restrictions aériennes. « Cette communauté-là va se déplacer absolument, soit par véhicule, soit par moto, soit par vélo, soit à pied, parce qu’ils ne pourront pas rester encerclés, enfermés », a-t-il expliqué.
Le responsable humanitaire a plaidé pour un renforcement des approches communautaires dans la riposte contre l’épidémie. « Il faut plus miser sur des mesures communautaires », a-t-il recommandé.
Joseph Kakisingi a également mis en garde contre les conséquences administratives et logistiques liées aux nouvelles restrictions. « Il est vrai qu’il y a des mesures d’accompagnement qui disent qu’il faut des autorisations spéciales pour pouvoir y aller, mais nous connaissons comment se passe l’administration dans notre pays », a-t-il déclaré.
Selon lui, ces procédures risquent d’allonger les délais d’accès aux zones affectées et de compliquer davantage les opérations humanitaires. « Cela prendra du temps et pourra être une occasion de tracasseries supplémentaires », a-t-il ajouté.
Le coordinateur des humanitaires congolais a également estimé que si des autorisations spéciales sont exigées, des moyens de transport adaptés devraient être prévus pour soutenir les équipes de terrain. « Si on veut avoir des mesures spéciales, il faut qu’on se rassure qu’il y a un avion spécial qui est affrété », a-t-il indiqué.
Par ailleurs, les effets de l’épidémie commencent à se faire sentir au niveau régional. La compagnie aérienne nationale ougandaise a suspendu depuis dimanche l’ensemble de ses vols vers Kinshasa, dans un contexte de vigilance accrue face à la propagation du virus.
À Bunia, les autorités ont également interdit les rassemblements de plus de cinquante personnes ainsi que les veillées funéraires dans le cadre des mesures sanitaires destinées à limiter la transmission de la maladie.
Toutefois, plusieurs rassemblements religieux ont encore été observés dimanche dans la ville, malgré les nouvelles restrictions imposées par les autorités locales.
Elite Mukulumanya

