Le gouverneur de la province de l’Ituri, le lieutenant-général Johny Luboya Kanshama, a appelé lundi à une réponse urgente et renforcée contre l’épidémie d’Ebola qui frappe la province dans un contexte d’insécurité persistante, estimant que la situation pourrait déboucher sur « une catastrophe » sans mobilisation rapide des moyens nécessaires.
« Nous allons parler de l’euphorie parce que nous avons cette épidémie qui nous frappe, cette épidémie d’Ebola, mais ce n’est pas sa première épidémie d’Ebola », a déclaré le gouverneur, rappelant que l’Ituri avait déjà été confrontée à une précédente flambée en 2019.
Selon lui, la situation actuelle diffère toutefois fortement de celle vécue il y a quelques années en raison du contexte sécuritaire particulièrement dégradé dans la province. « Aujourd’hui, l’Ituri subit des violences avec la présence des groupes armés », a-t-il expliqué, avant de préciser que cette insécurité a provoqué le déplacement massif des populations.
« Nous avons plus ou moins 61 sites de déplacés qui contiennent 970.000 déplacés », a indiqué le gouverneur, soulignant que ces populations vivant dans des conditions précaires sont particulièrement exposées à l’épidémie.
« Ces déplacés, parce qu’ils sont vulnérables, deviennent davantage vulnérables à cause de cette épidémie et de cette infodémie », a-t-il insisté.
Le lieutenant-général Johny Luboya Kanshama a décrit des conditions de vie alarmantes dans les camps de déplacés. « Les populations qui sont dans les sites manquent, ne sont pas assez nourries, il y a encore d’autres maladies, il y a la promiscuité », a-t-il affirmé, estimant que cette fragilité sociale favorise la propagation de la maladie ainsi que les rumeurs et résistances communautaires.
« Face à cette situation, c’est une population qui peut tout accepter », a-t-il averti.
Le gouverneur a dès lors lancé un appel pressant aux autorités nationales et aux partenaires. « Nous demandons une réponse rapide pour épargner cette province de la catastrophe », a-t-il déclaré.
Abordant les principaux défis de la riposte, il a comparé l’épidémie à « une autre guerre » dans une province déjà confrontée aux conflits armés. « Comme dans toute guerre, le premier défi, c’est d’abord l’installation », a-t-il expliqué, faisant référence au déploiement du personnel médical, des équipements et des intrants sanitaires.
« Aujourd’hui, en Ituri, nous attendons qu’on installe ce personnel le plus tôt possible », a plaidé le gouverneur, rappelant que la fermeture des aéroports avait compliqué les opérations logistiques.
Il a cependant fait savoir que des assurances avaient été données quant à une éventuelle réouverture des installations aéroportuaires. « Nous avons eu l’assurance que peut-être d’ici là, ces aéroports seront rouverts pour faciliter cette installation », a-t-il indiqué.
Le chef de l’exécutif provincial a également insisté sur les défis sécuritaires auxquels font face les équipes de riposte. « Nous sommes dans un milieu opérationnel parce qu’il y a la guerre ici », a-t-il rappelé.
Il a évoqué les récentes attaques enregistrées contre les structures sanitaires et le personnel médical dans certaines localités de la province. « Je suis sûr que vous avez été au courant de ce qui s’est passé à Mongwalu et à Wampare, où on s’est attaqué au personnel et aussi au centre de traitement », a-t-il déclaré.
Selon lui, ces incidents démontrent la nécessité de renforcer les capacités logistiques et sécuritaires des équipes engagées dans la riposte. « Nous avons besoin de plus de mobilité », a-t-il affirmé, expliquant que les moyens existants étaient initialement destinés aux opérations militaires contre les groupes armés.
« Les moyens que nous avions étaient dédiés à la guerre, et cette deuxième guerre qui arrive nous demande encore davantage de moyens », a ajouté le gouverneur.
Le lieutenant-général Johny Luboya Kanshama a par ailleurs insisté sur l’importance de la communication communautaire dans la lutte contre l’épidémie. « La communication, c’est vraiment le grand nerf ici », a-t-il déclaré, estimant qu’un déficit d’information et de sensibilisation pourrait favoriser de nouveaux incidents contre les équipes médicales.
« Si ces communautés ne sont pas bien prises en compte, vous pouvez vous rassurer que nous aurons des situations comme celles qui se sont passées à Wampare et à Mongwalu qui se réitèrent », a-t-il averti.
Le gouverneur a également plaidé pour le renforcement des capacités des équipes sanitaires dans toutes les zones de santé touchées, en alerte ou considérées comme à risque.
Enfin, il a insisté sur la nécessité de mobiliser rapidement des financements suffisants pour éviter une aggravation de la situation sanitaire. « Ces ressources financières doivent être disponibles parce qu’aujourd’hui, plus nous perdons un jour, plus nous allons encore vers la catastrophe », a-t-il déclaré.
Le gouverneur de l’Ituri a salué, à cet effet, l’appui du Président de la République Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, qui a, selon lui, « disponibilisé 20 millions de dollars pour répondre à cette catastrophe, à cette épidémie ».
Elite Mukulumanya

