Haute Cour militaire : verdict attendu dans le procès du général Philémon Yav

La Haute Cour militaire a pris en délibéré, mardi à Kinshasa, l’affaire mettant en cause l’auditeur général des FARDC contre le général Philémon Yav Irung, poursuivi notamment pour des faits de « trahison » et d’incitation des militaires à poser des actes contraires à la loi, au terme des plaidoiries de la défense contestant l’existence des preuves apportées par l’accusation.

Au cours de l’audience, l’Officier du ministère public (OMP) a soutenu son accusation en s’appuyant sur les déclarations des généraux Cirimwami, décédé entre-temps, Ndima, Ekenge, Dany et Mwehu, présentés comme témoins dans cette affaire.

Dans sa plaidoirie, la défense du général Yav a estimé que l’accusation ne reposait sur « aucune preuve tangible » et a dénoncé des « suppositions » ainsi qu’un « raccordement frauduleux » des faits reprochés à son client.

« Aucun témoin à charge n’a vécu personnellement les faits pour lesquels le général Yav est poursuivi », a soutenu la défense, rappelant qu’un témoin est une personne ayant directement assisté aux faits et acceptant d’en témoigner devant le juge.

Les avocats du prévenu ont également affirmé que le général Cirimwami, décédé en janvier 2025, ne pouvait être considéré comme témoin dans ce dossier, dans la mesure où il était lui-même présenté comme victime dans la scène incriminée.

« À ce titre, il devait être considéré comme dénonciateur et non comme témoin », a plaidé la défense, ajoutant qu’il lui appartenait d’apporter les preuves des accusations formulées avant son décès.

Concernant les déclarations des généraux Ndima, Ekenge et Dany, les conseils du prévenu ont relevé plusieurs contradictions quant à l’origine d’un message attribué à des responsables rwandais.

Selon la défense, le général Ndima aurait affirmé que le message provenait du général rwandais James Kabarebe, tandis que le général Ekenge aurait évoqué « le parsec » de ce dernier et le général Dany un de ses collaborateurs.

Pour les avocats du général Yav, ces divergences créent « un doute sérieux en droit » qui devrait bénéficier au prévenu.

« En cas de doute, le prévenu doit être acquitté, le doute profitant à l’accusé », a insisté Me Carlos Ngwapitshi, membre du collectif de la défense.

S’agissant de la seconde prévention liée à l’incitation des militaires à commettre des actes contraires à la loi, la défense a soutenu que l’accusation n’avait également produit aucune preuve matérielle.

Les avocats ont rappelé que le général Mwehu, présenté comme victime de cette prétendue incitation, avait nié à deux reprises avoir entendu des propos incriminants venant du général Yav, avant de modifier sa version lors d’une troisième audition.

Pour la défense, cette contradiction dans les déclarations affaiblit davantage l’accusation et entretient le doute sur la matérialité des faits.

« Le droit, au-delà d’être une science, est aussi un art avant d’être un instrument du pouvoir politique. Juridiquement parlant, l’acquittement du général Yav n’est pas à discuter », a conclu Me Carlos Ngwapitshi.

La Haute Cour militaire a annoncé qu’elle rendra son arrêt à une date ultérieure. L’affaire remonte à il y a quatre ans, lorsque le lieutenant-général Philémon Yav occupait les fonctions de commandant de la troisième zone de défense des FARDC.

Au cœur de ce dossier, Le généralYav , d’un homme présenté comme un collaborateur du général James Kabarebe, un des hauts responsables militaires rwandais à l’époque. L’accusation cite ce message comme un élément pouvant établir une collusion avec l’armée rwandaise.

Problème : Le général Peter Cirimwami, la personne qui prétendait l’avoir vu dans le téléphone de Philémon Yav, est morte depuis plus d’un an, laissant l’accusation sans élément matériel ni témoin réel. Tous les services de sécurité et de renseignements n’ont pas été en mesure de penetrer les téléphones de Yav saisis depuis 4 ans. Certains comme l’agence nationale de renseignements (ANR) ont avancé leurs caractères « sophistiqués ».

Contenus liés