Dans un message à la nation vendredi 9 octobre, l’ancien président congolais accuse son successeur de dérive autoritaire, dénonce la gestion de la guerre dans l’est de la RDC et fustige les velléités de révision constitutionnelle. Il promet de dévoiler prochainement des propositions pour « sauver » le pays.
L’offensive est frontale. Joseph Kabila ne ménage pas Félix Tshisekedi. Dans un message intitulé « Le pays est en péril : ne pas agir, c’est être complice », l’ancien président de la République démocratique du Congo (RDC) dresse un tableau alarmiste de la situation politique, sécuritaire et économique du pays, près de huit ans après avoir cédé le pouvoir à son successeur.
« Plus chef d’un clan que Chef de l’État », écrit-il à propos de Félix Tshisekedi, qu’il accuse de gouverner selon sa seule volonté, au mépris de la Constitution et des lois.
L’ancien chef de l’État dénonce une concentration du pouvoir, le népotisme, le tribalisme, les atteintes aux libertés publiques et une aggravation de la pauvreté.
Il évoque également des arrestations arbitraires, des assassinats et des massacres qui, selon lui, ne donnent pas lieu à des réponses judiciaires à la hauteur des faits dénoncés.
Sur le plan économique, Joseph Kabila affirme que la dette publique a dépassé les 18 milliards de dollars et accuse les autorités de compromettre l’indépendance nationale par la gestion des ressources minières stratégiques.
Il oppose à ce bilan la situation qu’il affirme avoir laissée en janvier 2019, celle d’un pays réunifié, d’institutions fonctionnelles et d’une économie débarrassée du poids de la dette héritée des régimes précédents.
L’ancien président s’en prend également à la conduite de la guerre dans l’est du pays. Il accuse le pouvoir de poursuivre un conflit qu’il ne serait, selon lui, ni en mesure ni déterminé à gagner. Il dénonce l’absence d’avancées significatives dans les négociations, le non-respect du cessez-le-feu conclu à Doha et le maintien de relations avec plusieurs groupes armés.
Joseph Kabila reproche par ailleurs à Félix Tshisekedi de fermer la porte à un dialogue national véritablement inclusif. Il estime que les initiatives diplomatiques régionales et internationales, ainsi que celles portées par les Églises catholique et protestante, n’ont pas été suffisamment prises en compte.
Autre sujet de crispation : la Constitution. L’ancien chef de l’État voit dans la reprise des travaux parlementaires sur la proposition de loi relative au référendum et dans les campagnes en faveur d’une révision constitutionnelle une menace contre le pacte républicain issu du dialogue de Sun City.
« Le Congo est en péril ; le sauver est un impératif et une urgence », avertit-il, appelant les Congolais à prendre leur destin en main. Joseph Kabila annonce enfin qu’il partagera, dans les prochains jours ou semaines, sa vision des actions à entreprendre pour répondre à la crise.
Cette nouvelle charge contre Félix Tshisekedi intervient alors que les débats sur un dialogue national et une éventuelle modification de la Constitution occupent une place croissante dans la vie politique congolaise.

