RDC : après les violences du 15 septembre, la C64 saisit la justice militaire

La coalition de l’opposition en République démocratique du Congo (RDC) « Coalition Article 64 » (C64) a publié un rapport cinglant accusant les forces de l’ordre et une milice du pouvoir d’avoir violemment réprimé ses manifestations pacifiques à travers le pays le 15 septembre dernier, faisant un mort, des dizaines de blessés graves et plus de 150 arrestations arbitraires.

Dans ce document de 22 pages rendu public lundi et transmis aux autorités judiciaires militaires, les figures majeures de l’opposition congolaise  dont Martin Fayulu (ECiDé), Moïse Katumbi (Ensemble pour la République), Jean-Marc Kabund (Alliance pour le Changement), Delly Sesanga (ENVOL) et Augustin Matata Ponyo (LGD) dénoncent des attaques ciblées, la séquestration de militants ainsi que l’utilisation systématique de la violence à l’égard de manifestants pacifiques.

Un militant tué et des leaders politiques visés à Kinshasa

Selon le rapport de la C64, la manifestation de Kinshasa, pourtant préalablement concertée et autorisée par les autorités urbaines avec un itinéraire modifié, a basculé dans la violence sous l’action conjointe de la Police nationale congolaise (PNC) et des membres de la « Force du progrès », une structure qualifiée de milice partisane associée à l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS, parti au pouvoir).

L’incident le plus grave s’est produit dans la commune de Limete, où Manassé Lomboto Bomengola, cadre du parti ADD Congo et proche de l’opposant Prince Epenge, a été mortellement agressé.

Alors qu’il tentait de protéger d’autres manifestants attaqués à coups de machettes, il a été roué de coups jusqu’à sombrer dans un état de semi-inconscience. Transféré d’urgence vers l’hôpital Olympic avant d’être orienté vers le CHU du Cinquantenaire, le jeune opposant a succombé à ses blessures dans la soirée du 15 septembre.

Les leaders mêmes de l’opposition ont directement été pris pour cible. Martin Fayulu a échappé de peu à une agression à la machette grâce à l’intervention de son escorte : l’un de ses gardes du corps a été grièvement touché au dos, nécessitant 24 points de suture. Son véhicule a également été caillassé.

D’autres figures comme Colette Botela, secrétaire nationale du parti ENVOL, ont été gravement touchées au sabre et dépouillées de leurs effets personnels. Au total, la seule capitale Kinshasa dénombre des dizaines de blessés par armes blanches et cocktails Molotov, ainsi que des destructions ciblées visant le siège du parti de Jean-Marc Kabund.

Répression quasi-systématique en provinces

En dehors de la capitale, la C64 dresse un état des lieux sombre dans une vingtaine de villes provinciales (Lubumbashi, Kolwezi, Likasi, Kindu, Kalemie, Kisangani, Matadi, Kananga, Uvira, Mwene-Ditu). Les rassemblements y ont été interdits ou étouffés dès leurs points de départ.

À Kindu, dans la province du Maniema, le siège du parti LGD a fait l’objet d’un siège d’une journée durant lequel 30 personnes ont été séquestrées pendant 24 heures. La coalition signale également des cas d’agressions à caractère sexuel subies par des militantes lors de leur arrestation par la police à Lubumbashi, faits documentés par la Dynamique des Femmes Leaders de l’Opposition.

Le bilan comptable établi par les partis membres de la coalition recense au moins 110 arrestations au sein d’Ensemble pour la République, 24 pour l’Alliance pour le Changement, 18 victimes documentées pour ENVOL, 44 pour le LGD et 27 blessés documentés pour l’ECiDé, sans compter de nombreux militants contraints à la clandestinité.

Exigences judiciaires et climat politique tendu

Les opposants contestent fermement le projet de révision ou de changement de la Constitution, perçu comme une manœuvre du président Félix Tshisekedi pour proroger son maintien au pouvoir. Ils rejettent également le projet de loi référendaire déposé à l’Assemblée nationale et mettent en garde contre les risques de déstabilisation du pays.

La coalition pointe la responsabilité politique directe du chef de l’État et exige le démantèlement immédiat de la « Force du progrès », ainsi que l’ouverture d’enquêtes judiciaires indépendantes et impartiales visant les auteurs matériels et commanditaires des violences. Avertissant qu’elle fera désormais usage de la légitime défense pour protéger ses activités, la C64 affirme avoir fourni des éléments de preuve (certificats médicaux, photos, vidéos) aux autorités judiciaires militaires dans le cadre de sa plainte collective.

Contactées par Desk News, les autorités gouvernementales et les porte-paroles du parti au pouvoir n’avaient pas réagi immédiatement à la publication de ce rapport.

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