RDC : À la SNEL, le patron pointe un conflit d’intérêts pour un projet de 662 millions USD

Un projet hydroélectrique phare, une société et des accusations de conflit d’intérêts en chaîne : au sein de la Société Nationale d’Électricité (Snel S.A.), l’ambiance est à la confrontation entre la présidence du Conseil d’administration et la Direction générale.

Au cœur de la tempête figure le projet de la centrale de Kibombo, dans le Kongo-Central : 246 mégawatts promis pour soulager le déficit chronique de Kinshasa, pour un investissement global estimé à 662 millions de dollars américains. Mais en coulisses, le partenariat à 70 % noué avec la société Twiga Power interroge de plus près.

Dans un courrier au ton ferme daté du 9 octobre 2026 et transmis aux plus hautes instances de l’État du Palais de la Nation à la Primature , le Président du Conseil d’administration (PCA), Luc M. Badibanga, lance un pavé dans la mare. Des documents émanant d’une administration étatique révèlent que Mme Kisolokele Nyongo Natacha, chargée de missions au sein du cabinet même du Directeur Général, le Prof. Dr. Ir. Teddy Lwamba Muba, présidait simultanément le Conseil d’administration de Twiga Power.

Cette casquette double aurait été portée au moment exact où le dossier était soumis pour examen au Conseil d’administration.

Pour le PCA, il s’agit d’un « conflit d’intérêts majeur » délibérément dissimulé, alors que la Direction générale affirmait encore quelques semaines plus tôt ne disposer d’aucun « élément probant » pour se prononcer sur l’actionnariat de son partenaire.

L’affaire ne s’arrête pas là. Alors que le Conseil d’administration (décision du 6 mars 2026) et l’Assemblée générale de l’État-Actionnaire unique (24 avril 2026) avaient strictemenent conditionné le projet à des études techniques et financières consolidées ainsi qu’à la validation préalable des risques, la Direction générale est accusée d’avoir passe-outre ces exigences.

Selon les révélations du PCA, la structuration et la modélisation financière du projet auraient été poursuivies et finalisées en catimini sous des termes « fortement déséquilibrés et défavorables aux intérêts de la Snel ».

Saisi de ces éléments accablants, le dossier a été transmis directement à l’État-Actionnaire pour arbitrage.

La réplique de la tutelle est attendue de pied ferme mais en attendant le directeur général de la Société nationale d’électricité (SNEL), Teddy Lwamba, rejette les accusations de conflit d’intérêts soulevées par le président du conseil d’administration (PCA), Luc M. Badibanga, autour du projet hydroélectrique de Kibombo.

Il conteste leur fondement juridique et s’interroge sur les raisons pour lesquelles ces soupçons émergent plusieurs mois après l’examen du dossier par les instances compétentes.

Sur le cumul des fonctions, le DG invoque le droit OHADA et affirme que l’exercice de responsabilités d’administrateur ou de président de conseil d’administration dans plusieurs entreprises est une pratique courante, y compris à la SNEL et à la Gécamines. Il rappelle également que la responsabilité juridique est individuelle : selon lui, les fonctions exercées par une collaboratrice de son cabinet ne sauraient être automatiquement assimilées aux siennes.

Teddy Lwamba conteste, par ailleurs, la présentation de la structure juridique de Twiga Power. Il affirme que cette société est une société à responsabilité limitée (SARL), et non une société anonyme (SA), et remet ainsi en question la référence à un conseil d’administration. « D’où vient cette manipulation ? », s’interroge-t-il.

Le directeur général insiste surtout sur le caractère collégial de la procédure de validation des projets à la SNEL. Selon lui, le dossier de Kibombo relève de plusieurs instances, notamment le conseil d’administration, l’Assemblée générale de l’État-actionnaire et la Direction générale de la dette publique et des participations (DGDP). Cette procédure de vérification préalable, souligne-t-il, peut s’étendre sur six mois. Il affirme donc que le directeur général ne dispose ni, à lui seul, de l’autorité ni de la compétence nécessaires pour valider un tel projet.

Dès lors, Teddy Lwamba questionne le calendrier de la contestation : comment un dossier examiné par plusieurs organes de validation peut-il être remis en cause plusieurs mois plus tard au nom d’un conflit d’intérêts qui n’aurait pas été signalé auparavant ?

Le gestionnaire au quotidien de la SNEL conclut sa réplique par une série d’interrogations visant directement la démarche du PCA : « Incompétence, ignorance ou complicité ? »

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