RDC : Fabrice Ngoyi monte au front contre les « poisons du marché noir »

Dans une République démocratique du Congo gangrenée par la circulation massive de médicaments falsifiés, un député national monte au front. Entre porosité des frontières et réseaux mafieux, le secteur pharmaceutique est devenu le théâtre d’un crime de masse silencieux.


À Kinshasa, sur les étals surchauffés du marché Zando ou au cœur des artères poussiéreuses des provinces reculées, la mort se vend désormais sous emballage stérile. Antibiotiques frelatés, antipaludiques sous-dosés, gélules toxiques exposées en plein soleil… En RDC, la santé des citoyens est plus que jamais prise en otage par des filières criminelles qui prospèrent dans l’ombre de l’informel.

Courrier

Face à ce péril qui fauche des milliers de vies à travers le pays, le ton monte brutalement au Palais du Peuple. Refusant le statut de spectateur, l’honorable Fabrice Ngoyi Kazadi, député national élu de la circonscription électorale de Kabinda (Lomami), vient d’initier une offensive parlementaire d’une rare virulence à travers deux questions écrites.

Un constat terrifiant et sans concession

Dans ses correspondances adressées au ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale ainsi qu’au directeur général de l’Autorité congolaise de réglementation pharmaceutique (ACOREP), l’élu dresse un tableau sombre et sans complaisance du secteur :

« Le secteur pharmaceutique dans notre pays traverse une crise systémique sans précédent qui menace la vie de millions de nos concitoyens », alerte le parlementaire, soulignant que la RDC est devenue « un véritable marché de prédilection pour les réseaux spécialisés dans la fabrication, l’importation et la distribution de faux médicaments ».

S’appuyant sur les préceptes constitutionnels, notamment l’article 47 qui garantit le droit à la santé et à la sécurité alimentaire, l’élu qualifie la situation avec sévérité :

« Face à ce drame silencieux qui s’apparente à un véritable crime de masse et dans ce contexte particulier d’extrême urgence sanitaire, nous venons solliciter des éclaircissements… »

L’anarchie des « pharmacies par terre » et des frontières ouvertes

Le constat sur le terrain révélé par le député témoigne de l’ampleur du désastre. De la capitale jusqu’à l’arrière-pays, la vente licite s’efface devant des pratiques hors de tout contrôle :

« De Kinshasa jusqu’à l’arrière-pays, les médicaments essentiels (antibiotiques, antipaludiques, antalgiques, etc.) sont vendus à même le sol, exposés au soleil et à la poussière, sans aucun respect des normes de conservation en la matière », dénonce-t-il, ciblant particulièrement le phénomène dévastateur des « pharmacies par terre ou pharma-poches » et le rôle clé du « marché de Zando à Kinshasa et d’autres grands centres commerciaux des provinces » qui alimentent ces circuits parallèles.

La racine du mal réside également dans le manque de contrôle aux frontières et le déficit d’autorité de l’État.

Le parlementaire pointe du doigt « une quantité industrielle des produits pharmaceutiques non contrôlés [qui] pénètre le territoire national, suite à la porosité de nos frontières maritimes, terrestres et aéroportuaires », déplorant au passage le non-déploiement de l’ACOREP dans plusieurs provinces du pays et « l’absence des mesures coercitives et des sanctions exemplaires pour réprimer les importateurs véreux ».

L’impayable tribut payé par les ménages congolais

Pour la population, l’absence de régulation stricte se traduit par un bilan humain et financier tragique. Dans ses griefs, Fabrice Ngoyi Kazadi énumère les conséquences dramatiques constatées sur le terrain :

  • L’hécatombe sanitaire : la multiplication des « décès précoces, les incapacités et nombreuses résistances aux produits pharmaceutiques, notamment les antibiotiques et antipaludiques sous-dosés », mais aussi « la toxicité, la mortalité et l’empoisonnement qui provoquent régulièrement des insuffisances rénales ou hépatiques aiguës, touchant souvent les enfants en bas âge ».
  • Le désastre économique : un « gouffre financier pour les ménages obligeant souvent les familles à payer de nouvelles consultations, à acheter d’autres médicaments, voire à financer des hospitalisations d’urgence en cas de complications sanitaires », doublé d’une « fraude fiscale privant l’État de ressources nécessaires » et d’une « concurrence déloyale envers les opérateurs économiques et pharmaciens qui se conforment aux lois ».

Des réquisitions fermes et un ultime avertissement

Voulant briser la chaîne d’impunité, le député national soumet le gouvernement et l’ACOREP à un interrogatoire serré en huit points stratégiques :

« Combien d’établissements ou d’importateurs illégaux ont été sanctionnés, fermés ou déférés devant la justice au cours de ces 24 derniers mois pour des faits de contrefaçon ou de vente de médicaments falsifiés ? », interroge-t-il sans détours.

L’élu exige également la présentation immédiate des mécanismes actuels pour assurer la traçabilité des produits du point d’importation au consommateur, les mesures envisagées pour fermer définitivement les circuits informels, ainsi qu’un bilan des laboratoires de contrôle qualité réellement équipés sur le territoire.

En portant ce fer au rouge au Palais du Peuple, l’honorable Fabrice Ngoyi Kazadi place le gouvernement face à ses responsabilités historiques. Alors que les réseaux mafieux continuent de s’enrichir sur la détresse sanitaire des Congolais, la Représentation nationale attend désormais des actes concrets et des réformes sans concession.

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