(Tribune de Me Patient bin Mwambay Katanga, avocat au barreau du Kwilu)
Le débat démocratique ne peut exister sans critique. Dans toute société attachée aux libertés publiques, les citoyens doivent pouvoir questionner l’action des dirigeants, dénoncer les insuffisances, proposer des alternatives et demander des comptes.
C’est le principe même de la responsabilité politique. En République démocratique du Congo, cette exigence est d’autant plus nécessaire que les attentes sociales sont immenses et que la gouvernance demeure au centre des préoccupations nationales.
Mais la démocratie ne saurait être confondue avec le désordre verbal.
La liberté d’expression n’autorise ni l’injure, ni l’humiliation, ni les attaques visant la dignité des personnes.
Lorsque la controverse politique abandonne les idées pour s’en prendre à la personne, lorsqu’elle vise une femme à travers des propos dégradants ou des allusions à son intimité, alors le débat public cesse d’être un exercice démocratique pour devenir une violence symbolique.
Les attaques dirigées contre Judith Suminwa Tuluka ne concernent donc pas uniquement une responsable politique. Elles touchent, au-delà de sa personne, toutes les Congolaises qui affrontent chaque jour des barrières sociales, professionnelles et culturelles pour accéder aux responsabilités.
Lorsqu’une femme occupant la plus haute fonction gouvernementale est rabaissée par des insultes sexistes ou méprisantes, c’est le message envoyé à toutes les autres femmes qui devient préoccupant.
Il est parfaitement légitime de contester les choix du gouvernement, de débattre de sa politique économique, sécuritaire ou sociale, d’en critiquer les résultats ou les insuffisances. C’est même sain. Mais il existe une ligne rouge que toute société civilisée doit préserver : celle du respect de la dignité humaine et des institutions.
La violence verbale, souvent amplifiée par les réseaux sociaux, installe un climat toxique où l’outrance remplace l’argument et où le vacarme supplante la réflexion.
Elle appauvrit la conversation nationale et détourne l’attention des vrais enjeux : la paix, l’emploi, la justice sociale, la sécurité et le développement.
Le patriotisme ne se mesure ni à l’agressivité du ton ni à la brutalité des mots. Il se mesure à la capacité de défendre ses convictions avec hauteur, rigueur et sens des responsabilités.
On peut s’opposer sans avilir. On peut dénoncer sans déshumaniser. On peut combattre politiquement sans insulter.
La République démocratique du Congo a besoin d’un débat public exigeant, mais digne. Elle a besoin de citoyens libres, mais responsables. Elle a besoin d’opposition, mais aussi de respect.
Défendre la dignité de Judith Suminwa Tuluka aujourd’hui, c’est défendre la dignité de toutes les femmes congolaises et, au fond, celle de la nation tout entière.

