Dans une tribune au vitriol, le président national du mouvement Congo Positif, Dieudonné Nkishi, appelle à une « refondation » de la République démocratique du Congo par les institutions autant que par les dirigeants, estimant que la crise congolaise relève moins d’un simple « problème d’hommes » que d’un système incapable de produire de véritables hommes d’État.
Pour cet universitaire de l’Université de Kinshasa, l’idée souvent avancée selon laquelle le pays souffrirait avant tout d’un déficit de leadership est « dangereusement incomplète ».
Selon lui, la question centrale n’est pas seulement celle des individus au pouvoir, mais celle des structures qui les sélectionnent, les forment et les légitiment.
« L’État congolais est malade, non seulement parce qu’il est mal dirigé, mais surtout parce qu’il ne sait plus fabriquer des dirigeants dignes de ce nom », écrit-il, dénonçant une élite marquée par la confusion entre pouvoir et propriété, l’absence de culture de l’intérêt général et une faible vision stratégique.
S’appuyant sur les références de Platon, Aristote ou encore Cicéron, l’auteur plaide pour une sélection rigoureuse des dirigeants fondée sur la compétence, la vertu civique et l’expérience, à rebours d’un système où l’accès au pouvoir reposerait trop souvent, selon lui, sur « l’argent, les réseaux, la manipulation ou la force ».
La tribune pointe également la faillite des deux principales « machines de fabrication des élites » : l’école et les partis politiques.
Le système éducatif est accusé de produire des diplômés déconnectés des besoins du pays, tandis que de nombreux partis sont décrits comme des « entreprises commerciales déguisées », davantage tournées vers les loyautés financières que vers la formation politique.
Pour sortir de l’impasse, Dieudonné Nkishi propose un quadruple chantier : définir un critérium national du dirigeant, réformer radicalement l’éducation, normaliser les partis politiques et créer une autorité de régulation de la vie partisane.
« L’État n’est pas une propriété, c’est une responsabilité sacrée », conclut-il, estimant que la reconstruction du pays passera d’abord par la reconstruction des conditions d’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants.

