Changement ou révision de la Constitution en RDC : Dieudonné Nkishi appelle à « cesser de confondre le régime et l’État »

 

À travers une tribune au ton offensif, Dieudonné Nkishi, président national du mouvement Congo Positif, plaide pour une refondation institutionnelle en République démocratique du Congo et met en garde contre ce qu’il considère comme l’un des principaux blocages politiques du pays : l’assimilation du régime en place à l’État lui-même.

Pour l’universitaire congolais, cette confusion alimente depuis des décennies une crise structurelle. « Un régime est passager. L’État, lui, est permanent », écrit-il, estimant que les querelles partisanes ont trop souvent transformé les institutions en champ de bataille politique. Selon lui, affaiblir un pouvoir en place en bloquant des réformes revient, en réalité, à retarder la reconstruction de l’appareil étatique.

Un État fragilisé

Dans son analyse, Dieudonné Nkishi mobilise plusieurs références classiques des sciences politiques. Il cite notamment Jean-François Bayart et sa notion d’« État du ventre », Max Weber pour le concept d’État patrimonial, ou encore Achille Mbembe sur les logiques postcoloniales du pouvoir.

Appliquées à la République démocratique du Congo, ces théories décrivent, selon lui, un État juridiquement constitué mais institutionnellement fragile, inégalement présent sur le territoire et traversé par des dynamiques de personnalisation du pouvoir.

La Constitution de 2006 dans le viseur

L’auteur estime également que la Constitution de 2006 n’a pas permis de stabiliser durablement le pays. Il lui reproche d’avoir favorisé une fragmentation du pouvoir et des tensions récurrentes entre institutions.

 

Dans ce contexte, poser la question d’une réforme institutionnelle ne relèverait pas d’un calcul politique, mais d’une nécessité structurelle.

« Quel État voulons-nous ? »

M. Nkishi appelle à dépasser les antagonismes politiques immédiats pour recentrer le débat sur la capacité de l’État à protéger, organiser et projeter une vision collective. « Il ne s’agit pas de défendre des positions politiques. Il s’agit de construire un État », conclut-il.

La question centrale n’est pas : qui réforme ? 

La question fondamentale, selon lui est : « que réformons-nous, et pour quel État ? et comment pourrions-nous le faire ensemble. Voulons-nous : un État capable de protéger ?, un État capable d’organiser ? un État capable de projeter une vision collective ? Ou acceptons-nous la permanence d’un État fragile, capturé, fragmenté ? »

 

Le débat sur une éventuelle révision constitutionnelle demeure particulièrement sensible en RDC dans un temps suspect.

Il intervient alors que le deuxième et dernier mandat autorisé par la Constitution, du Président Félix Tshisekedi arrive à terme dans deux ans, soit en 2028. En Afrique et particulièrement au Congo – Kinshasa, toute discussion sur l’architecture institutionnelle ravive les soupçons de prolongation du pouvoir présidentiel.

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