L’opposant Emmanuel Ramazani Shadary, secrétaire permanent de l’ancien parti présidentiel PPRD, a été hospitalisé en urgence mercredi à Kinshasa dans un état jugé préoccupant par sa famille, après près de trois mois de détention par le Conseil national de cyberdéfense (CNC), ont indiqué des sources proches.
Selon ces sources, M. Shadary n’était pas maintenu dans un lieu unique mais transféré régulièrement d’un site de détention à un autre, environ chaque semaine.
Sa famille affirme que seule son épouse est autorisée à lui rendre visite, une fois par semaine, chaque samedi à partir de 20 heures, pour une durée maximale de quinze minutes.
Toujours selon ces sources, la conjointe de l’opposant se voit imposer le port d’une cagoule dès son arrivée au siège du CNC afin de lui dissimuler le trajet jusqu’au lieu de détention.

Cette affaire suscite des interrogations sur les prérogatives du Conseil national de cyberdéfense. L’expert en questions sécuritaires Jean-Jacques Wondo estime que cette structure ne dispose d’« aucune base légale » pour procéder à des interpellations, enquêtes ou détentions.
Selon lui, les textes constitutifs du CNC limitent ses compétences à la coordination et à l’analyse stratégique dans le domaine cybernétique, sans lui attribuer de pouvoirs de nature policière.
« Le fonctionnement actuel du CNC s’apparente davantage à des pratiques de cyberharcèlement et de police politique », affirme M. Wondo, qui rappelle que la cyberdéfense relève normalement du domaine des forces armées et de la défense nationale.
Il souligne également une confusion entre cybersécurité et cyberdéfense, deux notions distinctes, précisant que l’ordonnance présidentielle instituant le CNC ne lui confère aucune compétence policière.

