Julien Paluku Kahongya estime que les sanctions américaines visant l’appareil sécuritaire rwandais constituent « un tournant historique » dans la lecture internationale du conflit dans l’Est de la République démocratique du Congo. Dans une tribune publiée le 15 mars, le ministre congolais du Commerce extérieur analyse la portée politique, diplomatique et financière des mesures adoptées début mars par le département du Trésor américain.
Washington sanctionne l’armée rwandaise
Selon lui, la décision de l’Office of Foreign Assets Control marque une rupture : pour la première fois, l’ensemble de la Rwanda Defence Force est directement visé par des sanctions. Celles-ci incluent notamment le gel d’avoirs et l’interdiction de transactions en dollars pour certaines personnalités militaires et entités économiques liées à l’armée.
Parmi les responsables ciblés figurent notamment le général Mubarakh Muganga, chef d’état-major général des forces rwandaises, et le général à la retraite James Kabarebe, figure historique de l’appareil sécuritaire de Kigali. Washington les accuse de soutenir la rébellion du M23 active dans l’est congolais.
Une pression politique accrue sur Kigali
Pour l’ancien gouverneur du Nord-Kivu, ces sanctions pourraient fragiliser l’image du Rwanda sur la scène internationale. Longtemps perçu comme un partenaire privilégié de sécurité pour les puissances occidentales, Kigali verrait aujourd’hui sa crédibilité régionale « sérieusement écornée ».
Julien Paluku estime également que cette décision renforce la position diplomatique de Kinshasa, qui accuse depuis plusieurs années Kigali d’ingérence militaire dans l’Est du pays. À ses yeux, les sanctions américaines constituent une validation indirecte de ces accusations.
Des répercussions économiques potentielles
Le ministre souligne aussi l’impact financier des mesures américaines. Le gel des avoirs et l’exclusion du système financier dominé par le dollar pourraient affecter les entreprises liées à l’armée rwandaise, notamment celles rattachées au conglomérat Horizon Group.
Dans ce contexte, des institutions financières associées aux militaires, comme la banque coopérative Zigama CSS, pourraient se retrouver isolées du système bancaire international si leurs liens avec les officiers sanctionnés étaient confirmés.
Vers un affaiblissement du soutien au M23 ?
Sur le plan sécuritaire, Julien Paluku estime que ces sanctions pourraient perturber les chaînes d’approvisionnement militaires et compliquer la modernisation des équipements de l’armée rwandaise.
Washington chercherait ainsi à couper les lignes de commandement et de soutien logistique du M23 dans l’est de la RDC. Une pression internationale accrue qui pourrait, selon lui, fragiliser les capacités opérationnelles de la rébellion.
Dans sa tribune, le ministre conclut que ces sanctions pourraient marquer le début d’un basculement diplomatique autour du conflit congolais, tout en appelant à une mobilisation internationale plus large pour mettre fin aux violences dans la région.

