RDC : depuis sa cellule, Constant Mutamba soutient le dialogue national mais fixe des lignes rouges

L’ancien ministre congolais de la Justice, Constant Mutamba, a rendu publique une longue lettre manuscrite adressée « au peuple congolais et aux peuples d’Afrique » depuis son lieu de détention, où il affirme être privé de liberté depuis plus de cinq mois.

Dans ce courrier, l’opposant réitère ses salutations et ses vœux pour l’année 2026, évoquant « 154 jours déjà » passés en détention pour avoir dénoncé « le système mafieux » ainsi que « l’agression rwandaise dont la RDC est victime ».

Il remercie ses soutiens pour leur mobilisation « constante et permanente » malgré « intimidations, menaces, manipulations et achats de conscience », saluant également l’écho panafricain de son combat, notamment à travers des figures culturelles engagées.

Constant Mutamba affirme soutenir le dialogue national inclusif annoncé par le chef de l’État, estimant que l’initiative, « si elle est sincère », peut contribuer à restaurer la cohésion nationale dans un contexte de guerre à l’Est et d’occupation étrangère.

Mais il précise que la participation de l’opposition républicaine dont il se présente comme « chef de file »,  reste conditionnée à plusieurs préalables :

– Des mesures de décrispation politique en faveur des opposants et leaders d’opinion non armés, victimes d’arrestations arbitraires et de condamnations jugées injustes ;

– Des garanties sérieuses de sécurité et de confiance pour favoriser le retour des opposants contraints à l’exil ;

 

Dans sa lettre, l’ancien garde des sceaux met en garde contre toute instrumentalisation du dialogue.

Selon lui, celui-ci ne doit être ni « un cadre de partage de pouvoir » ni « une blanchisserie » destinée à réhabiliter des acteurs qu’il accuse de trahison et de collusion avec des intérêts étrangers, notamment dans le contexte du conflit armé à l’Est.

Il dénonce des compatriotes qui, selon ses termes, prennent les armes « pour tuer nos concitoyens et piller nos ressources naturelles » sous des prétextes qu’il qualifie de fallacieux et tribalistes.

Se présentant comme « l’un des opposants les plus brimés », l’ancien ministre affirme avoir été condamné injustement, arrêté illégalement et privé de ses droits civils et politiques.

Il évoque des humiliations ainsi que des mauvais traitements moraux et physiques subis en détention.

Toutefois, il assure être resté fidèle à une lutte pacifique, affirmant que ni la répression ni les souffrances endurées ne l’ont poussé à l’exil ou au recours aux armes.

Il cite, dans cette optique, d’autres figures politiques  notamment Jean – Marc Kabund et Adolphe Muzito — qu’il présente comme menant également un combat politique par des voies non violentes.

M. Mutamba appelle les Congolais et les Africains à rejeter la guerre comme moyen d’accession au pouvoir, la qualifiant de « raccourci frauduleux ».

Il insiste sur le fait que seules la paix et la stabilité peuvent constituer des bases solides pour le développement durable de la RDC et son rang parmi les nations.

Dans une tonalité plus spirituelle, il conclut que lorsque la lutte atteint « sa dimension mystique », la résistance devient également spirituelle.

« La patrie ou la mort, nous vaincrons », écrit-il en conclusion.

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