L’opposant congolais Martin Fayulu a dénoncé un « traitement inhumain et humiliant » après l’arrestation d’Emmanuel Ramazani Shadary, haut responsable du parti de l’ancien président Joseph Kabila, interpellé dans la nuit de lundi à mardi à Kinshasa.
« Je condamne avec la plus grande fermeté le traitement inhumain et humiliant infligé à l’honorable Emmanuel Shadary Ramazani. Les articles 16, 17 et 18 de notre Constitution ont été gravement violés. Nul n’est au-dessus de la loi.
La RDC mérite l’État de droit, pas l’arbitraire », a déclaré M. Fayulu, président de l’Engagement pour la citoyenneté et le développement (ECiDé).
Secrétaire permanent du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), Emmanuel Ramazani Shadary a été arrêté à son domicile de la commune de la Gombe, quartier administratif et diplomatique de la capitale, vers 03h30 locales, selon son épouse Wivine Paipo, ancienne députée.
Des hommes en uniforme, présentés comme appartenant majoritairement à la Garde républicaine, certains armés, cagoulés et munis de gilets pare-balles, ont fait irruption dans la résidence, procédé à une fouille et saisi des téléphones portables avant d’emmener l’opposant à bord de véhicules militaires, selon la même source.
Toujours d’après Mme Paipo, M. Shadary a été interpellé avec trois policiers chargés de sa garde, son chef de protocole, sa cuisinière et son chauffeur. Mardi soir, sa famille affirmait ne pas connaître le lieu de sa détention. Des proches se sont rendus au camp Tshatshi, quartier général de la Garde républicaine, sans obtenir confirmation de sa présence.
Des informations concordantes font état de sa détention par le Conseil national de cyberdéfense, un service de sécurité rattaché à la présidence, dans un contexte de multiples arrestations d’opposants et de responsables sécuritaires depuis fin 2024.
Le secrétaire général de l’ECiDé, Devos Kitoko, a dénoncé les conditions de l’interpellation. « E. Shadary est un homme d’État, de surcroît professeur d’université. S’il lui était reproché un acte répréhensible, il faut respecter la loi et sa dignité », a-t-il déclaré, qualifiant l’opération nocturne de « barbarie d’État voyou ».
Dans un communiqué signé par son vice-président Aubin Minaku, le PPRD a dénoncé un acte « grave, arbitraire et inacceptable », y voyant une volonté de « museler l’opposition » et a alerté la communauté nationale et internationale sur une « dérive autoritaire ».
Ancien ministre de l’Intérieur entre 2016 et 2018, Emmanuel Ramazani Shadary avait été le candidat du Front commun pour le Congo (FCC) à la présidentielle de décembre 2018, arrivant troisième avec environ 23 % des voix derrière l’actuel président Félix Tshisekedi.
Ces derniers mois, il avait multiplié les prises de position critiques contre le pouvoir et faisait l’objet de soupçons de liens avec la rébellion AFC/M23, des accusations rejetées par son entourage.

