RDC–Rwanda : un « accord historique » à la Maison-Blanche, malgré des divergences persistantes

Washington s’apprête à accueillir, ce jeudi 4 décembre, une rencontre présentée comme décisive : Félix Tshisekedi et Paul Kagame doivent y signer « l’accord historique de paix » négocié sous la facilitation directe de Donald Trump. L’annonce, faite lundi par Karoline Leavitt, porte-parole de l’exécutif américain, s’inscrit dans un processus diplomatique entamé il y a près de deux ans.

Au-delà de la dimension politique, la Maison-Blanche entend également entériner le nouveau cadre d’intégration économique adopté début novembre. Plusieurs dirigeants régionaux – dont les présidents burundais Evariste Ndayishimiye et kényan William Ruto – sont attendus pour soutenir l’initiative.

Washington avance ses pions

Pour les États-Unis, l’enjeu dépasse la seule stabilisation régionale. La RDC concentre des ressources stratégiques – cobalt, cuivre, lithium, tantale, or – au cœur des chaînes d’approvisionnement occidentales. En affichant leur volonté de « travailler avec les deux parties », les Américains laissent planer la possibilité d’investissements de plusieurs milliards de dollars, à condition que les engagements soient respectés.

Un processus miné par les désaccords

Mais derrière l’optimisme diplomatique, les lignes de fracture restent profondes. Depuis septembre, aucun progrès notable n’a été constaté sur le désarmement des FDLR, ni sur le retrait des troupes rwandaises que Kinshasa accuse d’appuyer la rébellion de l’AFC/M23.

À Kigali, Paul Kagame rejette toute responsabilité et reproche à Kinshasa des « revirements » dans la mise en œuvre des séquencements arrêtés cet été. Félix Tshisekedi, en déplacement en Serbie vendredi, a au contraire rappelé l’exigence du « respect de la souveraineté nationale », préalable, selon lui, à toute application des accords. Sa porte-parole, Tina Salama, a confirmé sa présence à Washington tout en soulignant que la confiance ne pourra être rétablie sans un retrait des forces rwandaises.

Sur le terrain, statu quo inquiétant

Au Nord-Kivu comme au Sud-Kivu, rien n’a changé : le M23 contrôle toujours Goma, Bukavu et plusieurs axes stratégiques. Kigali continue de nier tout soutien au mouvement, en contradiction avec le rapport d’experts de l’ONU publié en juillet, qui attribue au Rwanda un rôle de « commandement et contrôle » sur la rébellion.

En parallèle, la médiation engagée au Qatar entre Kinshasa et le M23 n’a abouti qu’à une feuille de route préliminaire, sans effet sur les fronts. Sur les huit points convenus mi-novembre, seuls deux ont enregistré des avancées, les autres – libération des prisonniers, surveillance du cessez-le-feu, accès humanitaire, justice, rétablissement de l’autorité de l’État, dispositions sécuritaires – progressant de manière laborieuse.

Une paix encore en suspens

À Washington, les protagonistes tenteront d’arrimer ces deux pistes – médiation interétatique et discussions politico-militaires – à un cadre unique. Reste à savoir si la solennité de la Maison-Blanche parviendra à combler des fractures que ni les négociations, ni les pressions diplomatiques, n’ont pour l’instant réussi à réduire.

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