Visa Schengen, faux récits et retours forcés : la Belgique recadre les candidats congolais à l’exil

La Belgique hausse le ton face à l’augmentation continue des demandes d’asile congolaises. À Kinshasa, où il était en visite le 13 novembre, Freddy Roosemont, Directeur général de l’Office des étrangers, n’a pas mâché ses mots. Aux côtés de Joris Salden, patron des affaires consulaires au ministère belge des Affaires étrangères, il a dévoilé des chiffres en forte hausse : plus de 2 120 demandes enregistrées entre janvier et octobre 2025, plaçant la RDC au quatrième rang des pays sources de protection internationale. Une progression que Bruxelles juge préoccupante.

« En 2024, nous comptions 1 907 dossiers. C’était déjà beaucoup. Nous espérions que les campagnes de sensibilisation, ici comme en Belgique, inverseraient la tendance. Mais en 2025, nous repartons à la hausse », a expliqué Roosemont.

Et la dynamique pourrait se poursuivre : à la mi-novembre, 80 nouvelles demandes ont déjà été déposées. À ce rythme, l’année pourrait se clôturer au-delà des 2 500 requêtes.

Pour le responsable belge, l’essentiel du problème réside dans la nature même des dossiers introduits.

« La plupart des requêtes congolaises ne relèvent pas de la Convention de Genève. Il ne s’agit ni de persécution politique, ni religieuse, ni sociale. Beaucoup cherchent simplement à utiliser l’asile comme voie d’accès au séjour. C’est un détournement de procédure », martèle-t-il. En interne, les services du Commissariat général aux réfugiés confirment : 85 à 90 % des dossiers sont rejetés après examen.

Les autorités belges dénoncent également la multiplication d’arrivées avec des visas Schengen de court séjour, notamment de type C, ensuite convertis en demandes d’asile.

« Ce visa sert à voyager, pas à s’installer. Il n’a jamais été conçu pour devenir un tremplin vers la résidence », insiste Roosemont. Un phénomène qui, selon lui, touche principalement des Congolais venus de Kinshasa, et non de l’Est du pays, pourtant marqué par les conflits armés.

Conséquence : beaucoup de demandeurs déboutés glissent dans la clandestinité. Sans droit au travail, sans aide sociale, et souvent sans perspectives.

« On entre dans un cercle négatif : refus d’entrée, interdictions de territoire, ordres de quitter la Belgique. Et lorsque les personnes restent malgré tout, l’Office, avec la police belge, finit par organiser le retour forcé à Kinshasa », prévient-il.

Face à cette réalité, Bruxelles dit vouloir renforcer la sensibilisation. Objectif : briser les illusions persistantes sur la vie en Europe.

« Non, on ne vous donne pas automatiquement une maison, un salaire, une voiture. La protection internationale est un dispositif destiné aux personnes réellement menacées. Pas à celles qui pensent que l’eldorado belge leur tend les bras », résume le directeur de l’Office des étrangers.

La Belgique et la RDC entretiennent pourtant des relations anciennes, marquées par une forte présence congolaise dans le royaume : étudiants, travailleurs, regroupements familiaux… mais aussi, désormais, une vague croissante de candidats à l’asile.

Si Bruxelles met en cause les abus, plusieurs observateurs rappellent que les tensions politiques, l’insécurité persistante à l’Est et la dégradation du niveau de vie alimentent également ces départs. Un débat que cette visite belge remet, une fois encore, au centre de l’actualité congolaise.

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