Douze ans après la chute du M23, Julien Paluku Kahongya, actuel ministre du Commerce extérieur et ancien gouverneur du Nord-Kivu, replonge dans un souvenir qui l’a marqué à jamais : la reprise, en novembre 2013, de la colline de Chanzu, dernier bastion du mouvement rebelle dans l’est de la République démocratique du Congo.
Dans un texte chargé d’émotion, publié ce 6 novembre 2025, Paluku évoque la scène comme si elle datait d’hier. « J’étais arrivé personnellement sur la colline mythique de Chanzu quand le colonel Makenga venait de fuir. Il ne restait que son chapeau abandonné sur les cendres de la poudre à canon. » Cette image, presque cinématographique, cristallise pour lui le souvenir d’une victoire militaire mais aussi d’un espoir politique.
L’ancien gouverneur rend hommage à ceux qu’il appelle « les héros de la République » : le général Lucien Bahuma, le colonel Mamadou Ndala, le général Awashango ou encore le colonel Delphin Masubili. Des figures de la lutte contre le M23, mortes pour la plupart dans des circonstances tragiques. Ensemble, rappelle-t-il, « nous avions hissé le drapeau congolais pour la première fois depuis la fin de la guerre du RCD ».

Mais ce 6 novembre 2025, la mémoire de Chanzu résonne avec une amère coïncidence. Le même jour, Julien Paluku représente le vice-premier ministre de la Défense à la 19e réunion des chefs d’état-major de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), organisée à Kinshasa. Douze ans après la victoire, le M23 est de retour dans les collines du Nord-Kivu, et la diplomatie régionale peine à endiguer la crise.
Dans son texte, le ministre s’interroge sur la fidélité à la Nation. Il accuse, sans les nommer, certains acteurs politiques et militaires d’avoir « rejoint les criminels d’hier ». « Si ceux qui sont morts étaient encore vivants, ils s’étonneraient comme moi de voir qu’aujourd’hui d’autres nous ont trahis », écrit-il, citant le prophète Ésaïe : « Quand tu auras fini de trahir, tu seras trahi. »
Ce rappel du passé prend la forme d’un serment renouvelé. « Je garde et garderai la flamme allumée de l’espérance », conclut Paluku, avant de lancer un vibrant « Vive la République ». Une manière de dire que malgré les revers, les trahisons et les renversements d’alliance, l’esprit de 2013 demeure.
En rendant hommage aux disparus, l’ancien gouverneur du Nord-Kivu envoie aussi un message politique à peine voilé : la loyauté à la République n’est pas négociable. Et face à la résurgence des groupes armés, ses mots sonnent comme un avertissement à ceux qu’il considère comme des renégats.
Douze ans après Chanzu, la République démocratique du Congo reste prisonnière d’un cycle de guerres et de compromis. Mais pour Julien Paluku, qui a vécu ces heures de feu, la victoire d’hier demeure une boussole pour les combats d’aujourd’hui.

