Le ministère congolais de la Justice a levé le voile sur un vaste réseau de spoliation immobilière impliquant des magistrats, avocats, agents publics et personnalités influentes, accusés d’orchestrer la mainmise sur des biens appartenant à l’État et à des particuliers.
Dans un communiqué rendu public à Kinshasa, le ministre d’État, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, affirme avoir reçu un rapport détaillant les opérations de ce réseau mafieux, décrit comme un système organisé s’appuyant sur des complicités au sein même de l’appareil judiciaire et administratif.
Ces agissements s’inscriraient dans le phénomène dit « Folio », une pratique devenue symbole d’un pillage légal déguisé sous les habits du droit.
Selon le document, certains membres de ces réseaux, y compris des personnalités politiques et policières, se serviraient de leur influence pour étouffer les enquêtes ou bloquer les décisions judiciaires visant à rétablir l’État dans ses droits.
Le ministère évoque notamment un cas emblématique : l’État congolais a failli être expulsé de sa propre parcelle, située avenue des Cocotiers, dans la commune huppée de la Gombe, pourtant répertoriée dans l’inventaire officiel du patrimoine public.
Face à cette insécurité foncière grandissante, Guillaume Ngefa a ordonné au procureur général près la Cour de cassation et à l’auditeur général des FARDC d’ouvrir des enquêtes pour « démanteler ces réseaux » et poursuivre leurs instigateurs.
« Le gouvernement réaffirme sa politique de tolérance zéro face à la corruption et à toute spoliation des biens publics », souligne le communiqué. Reste à savoir si la Justice saura, cette fois, s’attaquer à ses propres démons.

Le garde des sceaux n’est pas seul à s’inquiéter. Profitant de la rentrée judiciaire, le premier président de la cour de cassation, le professeur Ndomba Kabeya Élie-Léon a regretté que l’implication de « certains avocats » dans l’entreprise criminelle dite Folio, consistant en la spoliation des immeubles de l’État et des particuliers.
« Ils opèrent avec le concours de magistrats, greffiers et huissiers véreux qui en tirent des gains sordides », a-t-il martelé, prevent que « si l’on n’y prend pas garde, ce réseau risque de s’intensifier jusqu’à atteindre certains élus du peuple, parmi lesquels ils tentent déjà de recruter des porte-paroles ou porteurs de questions orales avec débat ».

