Le président congolais Félix Tshisekedi a tendu la main à son homologue rwandais Paul Kagame, jeudi, lors d’un forum sur les investissements européens en Afrique. Dans un discours ferme et sans concession, il l’a invité à « avoir le courage » de mettre fin aux violences dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). « Je prends à témoin le monde entier pour demander qu’on arrête cette escalade », a lancé le chef de l’État congolais, évoquant les combats meurtriers qui se poursuivent malgré un accord de paix signé à Washington fin juin.
Depuis la résurgence du M23 fin 2021, soutenu par Kigali, l’est de la RDC est de nouveau en proie à des affrontements sanglants. Goma, puis Bukavu, sont tombées aux mains du groupe armé en janvier et février derniers, révélant l’ampleur de la crise sécuritaire dans cette région riche en ressources naturelles. À Doha, Kinshasa et le M23 avaient pourtant signé une déclaration de principes le 19 juillet, promettant un cessez-le-feu permanent. Sur le terrain, la violence persiste.

Pour Tshisekedi, la paix ne sera possible que si Paul Kagame ordonne explicitement l’arrêt des hostilités du M23. « Nous sommes les deux seuls capables d’arrêter cette escalade. Il est temps de nous tourner vers la paix et le développement », a-t-il martelé, saluant par ailleurs l’implication de Donald Trump dans les efforts de médiation.
Le président rwandais, lui, est resté dans l’ambiguïté. À la tribune, il n’a évoqué qu’une « énergie positive » autour des affaires, de la paix et des investissements, sans confirmer aucun engagement concret. Sur X, il a ironisé : « Si quelqu’un fait du bruit avec un fût vide, il a aussi un problème ! »
Le ton de Kigali a été confirmé par Olivier Nduhungirehe, ministre rwandais des Affaires étrangères, dénonçant « un chef d’État qui abuse d’un forum destiné à la coopération pour faire du cinéma politique ». Le Rwanda rappelle que toute avancée exige d’abord que la RDC règle son différend avec l’AFC/M23, expliquant l’absence de Kagame au sommet organisé par l’Angola pour la signature de l’accord de paix.
Félix Tshisekedi mise sur cette « paix des braves » pour stabiliser une région stratégique et riche, où les tensions alimentent à la fois la violence et le pillage des ressources. Bruxelles pourrait bien devenir le théâtre d’un nouvel épisode de ce bras de fer diplomatique, où politique et économie s’entrelacent étroitement.

