RDC : M23, Wazalendo et diplomatie au point mort, le constat accablant de l’ONU

La crise congolaise s’enlise, et les signaux envoyés à New York ressemblent à un cri d’alarme. Mardi 1er octobre, devant le Conseil de sécurité, Bintou Keïta, cheffe de la MONUSCO, n’a pas mâché ses mots : l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) s’enfonce dans un cycle de violences « qui continue de piéger les civils » tandis que les promesses de paix « restent lettre morte ».

Depuis juin, plus d’un millier de personnes ont été tuées.

Bintou Keita, cheffe de la MONUSCO. Ph/Tiers

Le M23 est redevenu l’ennemi numéro un de Kinshasa. Rebelles tutsi congolais accusés d’être soutenus par Kigali, ils contrôlent depuis janvier de vastes zones du Nord et du Sud-Kivu, dont Goma et Bukavu. Ils n’y ont pas seulement planté leurs drapeaux : au sein de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), ils ont mis en place une administration parallèle, bousculant la légitimité de l’État congolais.

Pourtant, sur le papier, une désescalade était amorcée. En juin, un accord a été signé à Washington entre la RDC et le Rwanda sous médiation américaine et qatarie. En juillet, une déclaration de principe a même été obtenue à Doha entre Kinshasa et le M23. Mais sept mois après une résolution onusienne exigeant le retrait des rebelles de Goma et Bukavu, aucune avancée n’a été constatée.

Si le Rwanda est pointé du doigt, la responsabilité de Kinshasa interroge aussi. Sur le terrain, les Wazalendo, groupes d’autodéfense présentés comme alliés de l’armée congolaise, commettent des exactions en toute impunité. Soutenus tacitement par le pouvoir, ils brouillent le discours officiel de protection des civils. Dans les zones où la MONUSCO s’est retirée, notamment au Sud-Kivu, ces milices sont devenues des acteurs incontrôlables, parfois aussi redoutés que les rebelles.

La liste des groupes armés est longue. Les Forces démocratiques alliées (ADF), liées à l’État islamique, ensanglantent le Nord-Kivu et l’Ituri. Plus de 300 civils ont été massacrés en trois mois, y compris dans des lieux de culte. La CODECO, milice lendu, s’attaque aux Hema, poussant le groupe Zaire à riposter. La CRP, enfin, affronte régulièrement l’armée nationale, provoquant des déplacements massifs. Rien que dans la localité de Gina, 3 500 personnes se sont réfugiées en une nuit dans une base de la MONUSCO.

Déployée depuis 1999, la MONUSCO compte encore 9 000 Casques bleus, mais son efficacité est minée par des contraintes budgétaires et logistiques. L’aéroport de Goma est fermé, les rotations de troupes gelées, les approvisionnements ralentis. Mme Keïta avertit : « Sans moyens, la mission ne peut remplir son mandat de protection ».

Derrière les statistiques de la guerre se cache une autre réalité : la famine. Plus de 27 millions de Congolais souffrent d’insécurité alimentaire, dont six millions dans l’Est. Et une nouvelle épidémie d’Ebola frappe le Kasaï. Or, le plan humanitaire de l’ONU n’est financé qu’à 15 %.

En filigrane, le message de Bintou Keïta est clair : sans volonté politique ferme, ni de Kinshasa, ni de Kigali, ni de la communauté internationale, la RDC court à la catastrophe. Les diplomaties peinent, les armes parlent, et ce sont encore les civils qui paient le prix fort.

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