Le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont annoncé lundi leur retrait « avec effet immédiat » du Statut de Rome et de la Cour pénale internationale (CPI), une décision prise de façon simultanée dans les trois capitales sahéliennes et justifiée par des accusations de « justice sélective » visant la juridiction.
Dans un communiqué conjoint, les autorités de transition, issues de putschs militaires, qualifient ce départ de « décision souveraine ». Elles reprochent à la CPI, créée en 2002 pour juger les auteurs de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocides, de s’être progressivement muée « en instrument de répression néocoloniale aux mains de l’impérialisme ».
« À l’épreuve du temps, la CPI est devenue l’exemple mondial d’une justice sélective », affirment-elles, dénonçant une application à « deux vitesses » du droit international.
Le Mali, le Niger et le Burkina Faso avaient rejoint le Statut de Rome au début des années 2000, à l’instar de la majorité des États africains. Mais ces dernières années, plusieurs gouvernements du continent ont critiqué la CPI, l’accusant de cibler prioritairement des dirigeants africains, alors que des crimes commis ailleurs resteraient impunis.
Les trois pays sahéliens, en rupture avec une partie de la communauté internationale depuis leurs coups d’État, disent aujourd’hui tirer toutes les conséquences de cette défiance.
Leur déclaration commune intervient dans un contexte de rapprochement politique et sécuritaire entre Bamako, Niamey et Ouagadougou, regroupés depuis 2023 au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).
En mars dernier, après une réunion ministérielle, ils avaient déjà annoncé la création d’une « Cour pénale et des droits de l’homme de l’AES ».
Le projet vise à doter l’alliance d’un instrument judiciaire propre, en parallèle à une réflexion sur la construction d’une prison régionale de haute sécurité destinée à accueillir des personnes accusées de terrorisme et de crimes graves dans l’espace sahélien.
Avec cette rupture, les trois pays consolident leur stratégie d’émancipation vis-à-vis des institutions internationales, après avoir déjà tourné le dos à plusieurs partenariats militaires et politiques occidentaux.

