RDC : Julien Paluku appelle à une réforme profonde de la gouvernance provinciale

Le ministre congolais du Commerce extérieur, Julien Paluku, ancien gouverneur du Nord-Kivu pendant douze ans et chercheur à l’université de Kinshasa, a plaidé dimanche pour une réforme profonde de la gouvernance des provinces en République démocratique du Congo (RDC), estimant que le système actuel freine le développement territorial et entretient une forme de centralisme politique et économique.

Dans une tribune publiée ce jour et parvenu à DeskNews, M. Paluku souligne que l’architecture constitutionnelle en vigueur depuis 2006, qui permet l’élection d’un gouverneur au sein ou en dehors de l’Assemblée provinciale, constitue un premier biais majeur.

Selon lui, cette disposition conduit souvent à ce que les gouverneurs soient « conçus ailleurs » et ne se présentent devant l’Assemblée provinciale que pour la campagne et l’élection, limitant leur compréhension des réalités locales.

Pour remédier à cette situation, l’ancien gouverneur propose une révision de la loi sur la libre administration des provinces, imposant que tout candidat gouverneur soit d’abord député provincial et ait résidé dans la province au cours des cinq dernières années.

Cette mesure, selon lui, garantirait des dirigeants connaissant véritablement les problèmes, défis et priorités de leur territoire. Elle encouragerait également un « exode inverse » des élites restées à Kinshasa, qui pourraient mettre leur expertise au service du développement local, redonnant ainsi de l’attractivité aux provinces.

Julien Paluku fonde cette analyse sur son expérience de 21 ans dans la fonction publique territoriale, de 1998 à 2019.

Il y souligne que le pouvoir « se trouve aussi en province » et que beaucoup de Congolais, séduits par Kinshasa et les perspectives à l’international, négligent l’importance du niveau provincial. Il dénonce un capitalisme urbain où coexistent « intérêts financiers, promiscuité, pauvreté et vies de princes », avec pour beaucoup la conviction que « le ciel c’est l’Europe, l’enfer c’est la RDC ».

Le ministre appelle également à réformer le mécanisme des motions de défiance ou de censure, jugé inadapté à une démocratie confrontée à un niveau élevé de pauvreté.

Il propose de donner davantage de responsabilités à la Cour des comptes et à l’Inspection générale des finances, afin de contrôler la gestion des gouverneurs et de sanctionner les fautes en déférant les responsables devant la justice, ce qui entraînerait leur démission automatique.

Cette démarche permettrait, selon lui, de limiter l’arbitraire et le chantage politique et de renforcer la responsabilité des gouverneurs.

Dans la tribune, M. Paluku insiste sur le rôle traditionnel des députés provinciaux, qui devrait se concentrer sur la représentation de la population, le vote des édits provinciaux et le contrôle de l’exécutif, plutôt que sur la défense de postes menacés par des pressions politiques.

Julien Paluku évoque aussi la nécessité d’ouvrir le débat sur la pertinence des ministres provinciaux, sur l’avenir du Sénat et sur des questions fiscales et financières, comme la retenue à la source de 40 % et la Caisse nationale de péréquation.

« Vingt ans après le référendum de 2005, le peuple congolais est en droit de s’interroger : le problème vient-il des textes ou de l’homme ? », écrit M. Paluku, estimant que le copier-coller de modèles occidentaux, souvent inadaptés à la réalité congolaise, ne suffit pas.

Selon lui, tout repose sur la gouvernance politique et administrative, qui constitue le véritable levier pour le développement des provinces.

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