RDC : ouverture du procès de Joseph Kabila à la haute cour militaire

Le procès de l’ancien président congolais Joseph Kabila s’est ouvert ce vendredi à Kinshasa en son absence, marquant une étape judiciaire inédite dans l’histoire politique récente de la République démocratique du Congo.
L’ex-chef de l’État est poursuivi pour des faits d’une extrême gravité, en lien avec les exactions commises par les rebelles du M23/AFC dans l’est du pays.

Les poursuites visent une série de crimes : participation à un mouvement insurrectionnel, crime contre la paix, homicide intentionnel par balles, trahison, apologie de la rébellion, viol, torture, déportation, et occupation armée de la ville de Goma.

L’accusation, portée par le parquet militaire, considère que l’ancien président aurait apporté un soutien politique, logistique et symbolique à la rébellion qui occupe depuis plusieurs mois une partie du Nord-Kivu.

À l’audience, le ministère public a requis que Joseph Kabila soit jugé par défaut, estimant que son absence volontaire et prolongée à Kinshasa justifie cette procédure exceptionnelle. Séjournant à Goma depuis deux mois, ville aux mains du M23/AFC, l’ancien président n’a pas été vu dans la capitale congolaise depuis plus de deux ans. Il risque la peine de mort et la saisie de l’ensemble de ses biens par l’État.

Cette procédure survient dans un contexte particulièrement sensible, alors que la Déclaration de principes signée mi-juillet à Doha entre le gouvernement congolais et les représentants du M23/AFC préconise des gestes d’apaisement réciproques et l’ouverture d’un dialogue pour favoriser la réconciliation nationale. Selon des sources officielles, Kinshasa aurait même évoqué le traitement du dossier Kabila dans le cadre de ces négociations, mais le ministre intérimaire de la Justice, Samuel Mbemba, a affirmé que « la justice ne saurait attendre les compromis politiques ».

La réaction du camp Kabila ne s’est pas fait attendre. Emmanuel Ramazani Shadary, secrétaire permanent du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), a dénoncé un « procès politique » motivé par « la boulimie du pouvoir et la peur de l’adversaire ». « C’est du théâtre, une mise en scène ridicule », a-t-il déclaré à la presse. « Ce soi-disant procès pourrait davantage diviser les Congolais s’il n’est pas arrêté. »

L’audience de ce vendredi a été brève. La cour a décidé de renvoyer l’affaire au 31 juillet, le temps de permettre aux avocats de l’État, constitués partie civile, d’accéder aux pièces du dossier. Joseph Kabila, 54 ans, a dirigé la RDC de 2001 à 2019. 

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