RDC : Un climat de « terreur » dans la province de la Tshopo, dénonce LUCHA après la condamnation de l’un de ses militants

Un militant du mouvement citoyen LUCHA a été condamné à six mois de prison ferme dans la province de la Tshopo, au nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), pour propagation de faux bruits, après avoir lu publiquement un mémorandum accusant le gouverneur Paulin Lendongolia de mauvaise gestion, ont rapporté plusieurs sources locales.

Le militant, Jedidia Mabela, âgé d’une trentaine d’années, avait pris la parole mardi dernier devant l’Assemblée provinciale de la Tshopo, au nom d’une synergie de mouvements citoyens, dont la LUCHA et Filimbi, à l’occasion de la rentrée parlementaire.

Le texte, daté du 29 septembre, dénonce une « dilapidation sans précédent des fonds publics » et appelle les députés à exercer leur pouvoir de contrôle sur l’exécutif provincial.

Dans le document, les mouvements citoyens pointent notamment la surfacturation des travaux de réhabilitation de la RN4 entre Kisangani et Avakubi, évalués à plus de deux milliards de francs congolais (près de 700.000 dollars) pour 11 km de route, soit un coût trois fois supérieur aux standards du marché.

Ils accusent également le gouverneur d’avoir financé un double concert festif de l’artiste Rebo Chulo, qualifié d’« inutilement budgétivore », alors que la province « manque d’eau, d’électricité et d’infrastructures de base ».

Le mémorandum cite en outre la surfacturation d’achats de véhicules officiels, dont deux minibus payés 25.000 dollars l’unité et un Toyota Land Cruiser TXL facturé à 65.000 dollars, bien au-delà de leurs prix réels.

Il évoque enfin une mauvaise gestion d’un appui gouvernemental de 1,2 million de dollars destiné à la commémoration du martyre d’Anuarite Nengapeta, dont une partie aurait été affectée à la sécurité « sans amélioration visible sur le terrain ».

Arrêté brutalement le lendemain de sa lecture, Mabela a été jugé en procédure de flagrance par le tribunal de paix de Kisangani–Makiso, qui l’a reconnu coupable de propagation de faux bruits.

« Cette condamnation est scandaleuse et vise à faire taire les voix critiques », a réagi Stewart Muhindo, membre de la LUCHA, dénonçant « un climat de terreur » dans la Tshopo. Le mouvement affirme que plusieurs militants vivent désormais dans la clandestinité.

Le 2 octobre, un autre militant, Zackarie Kingombe, a été enlevé par des hommes armés à Kisangani. Sa famille est sans nouvelles de lui.

La répression s’étend : un étudiant du Bas-Uélé a récemment été condamné à douze mois de prison pour imputations dommageables contre son gouverneur.

Dans un communiqué officiel publié le 1er octobre, la porte-parole du gouverneur, Balemonde Evitho Dorothée, a averti que « la liberté d’expression ne signifie pas libertinage » et rappelé que « toute personne qui insulte ou dénigre les autorités établies sera traduite en justice ».

Le texte appelle à un « usage responsable des réseaux sociaux » et prévient que les administrateurs de pages ou groupes diffusant des propos jugés offensants seront tenus pour complices en cas de récidive.

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