Le président de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo (RDC), Vital Kamerhe, a annoncé lundi sa démission, évitant ainsi le vote d’une motion de déchéance initiée par un député du parti présidentiel (UDPS/Tshisekedi). Cette décision marque un nouvel épisode dans la trajectoire politique mouvementée de cette figure de la scène congolaise, déjà contrainte à quitter la même fonction en 2009 sous Joseph Kabila.
L’allié historique du chef de l’État Félix Tshisekedi a présenté sa démission devant la conférence des présidents, réunissant les chefs de groupes parlementaires.
« J’ai décidé devant 110 millions de Congolais que ma petite personne ne doit pas bloquer une grande institution, comme l’Assemblée nationale », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il se réjouissait d’avoir contribué à « la refondation de l’État autour du président Félix Antoine Tshisekedi ».
Depuis plusieurs semaines, M. Kamerhe faisait face à une offensive parlementaire. Une pétition, signée par plus de 260 députés dont plusieurs issus de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, parti présidentiel), l’accusait de « gestion opaque » et d’entrave au contrôle parlementaire.
Une commission spéciale, présidée par le député et ancien ministre Peter Kazadi, avait entendu M. Kamerhe vendredi et samedi.
Selon ses proches, aucune preuve tangible n’a été fournie pour étayer ces accusations.
Le camp Kamerhe affirme avoir relevé des irrégularités dans les pétitions : présence d’un non-député parmi les signataires, doublons et près d’une vingtaine de signatures jugées fausses. « Elles tombent de facto caduques », plaidaient ses soutiens. Mais la commission a jugé les pétitions recevables sur la forme et transmis son rapport à la plénière, convoquée pour ce lundi après-midi.
En annonçant son retrait avant le vote, le désormais l’ancien président de l’Assemblée a évité une destitution humiliante.
La manœuvre rappelle son départ en mars 2009, à la suite d’un désaccord avec l’entourage de Joseph Kabila.
À l’époque, M. Kamerhe avait fondé son propre parti, l’Union pour la nation congolaise (UNC), et passé dix années dans l’opposition avant de sceller une alliance décisive avec Félix Tshisekedi pour l’élection présidentielle de 2018.
Son retour au sommet de l’appareil d’État avait toutefois été assombri par une condamnation à vingt ans de prison pour détournement de fonds publics en 2020, peine réduite puis annulée en appel après plus d’un an d’incarcération.
Son élection en février 2024 à la tête de l’Assemblée nationale avait été présentée comme une revanche et une réhabilitation politique. Cette nouvelle démission relance les spéculations sur son avenir.
Figure rompue aux épreuves, Vital Kamerhe a survécu à une succession de tempêtes politiques : disgrâce en 2009, traversée de l’opposition, condamnation pénale puis réhabilitation. Reste à savoir s’il saura, une nouvelle fois, rebondir après ce revers.
Pour l’heure, son sort politique apparaît étroitement lié au président Tshisekedi, accusé par les pro Kamerhe de l’avoir laissé tomber en ne s’opposant pas à la fronde venue de ses propres rangs.

