Sur un coin de rue à Matonge, un jeune homme en chemise flashy glisse discrètement un petit flacon dans la poche d’un client.
Autour d’eux, la ville vibre au rythme des klaxons, de la rumba qui s’échappe des bars et des conversations effervescentes. Le produit s’appelle “Boma Mama”, et ici, tout le monde sait ce que ça veut dire.
Kinshasa est une ville où l’énergie est constante — dans les rues comme dans les lits.
Et entre 27 et 35 ans, les hommes semblent prêts à tout pour la garder. Selon une enquête menée par l’Institut de Sondage Les Points, ils sont 75 % dans cette tranche d’âge à consommer régulièrement des aphrodisiaques aux noms aussi suggestifs que provocateurs : “Tous Réseaux”, “Kita Mata”, “Mugomboro”… Des surnoms qui évoquent la puissance, l’endurance, la domination.
Jean-Claude, 32 ans, vendeur de téléphones au Grand Marché, en parle sans détour : « Ce n’est pas que je ne peux pas, c’est juste que je veux être sûr. La pression est là, frère. Les filles aujourd’hui, elles te notent. » Pour lui, comme pour beaucoup, ces produits sont devenus des alliés silencieux dans une société où la performance masculine est presque une obligation.
Mais cette quête d’endurance s’essouffle avec le temps. Après 35 ans, les chiffres baissent.
53 % des hommes de 36 à 42 ans continuent d’en consommer, puis 47 % entre 43 et 50 ans. À partir de 51 ans, on ne compte plus que 31 % d’utilisateurs, et le chiffre tombe à 17 % pour les sexagénaires.
Chez les plus de 71 ans, ces potions miracles deviennent des souvenirs de jeunesse.
L’étude a été menée début avril 2025 dans les 24 communes de Kinshasa, en interrogeant 1 000 personnes par téléphone et en face-à-face. Elle dresse un portrait sans fard d’un phénomène bien ancré dans les habitudes urbaines, souvent alimenté par le bouche-à-oreille, les vendeurs de rue et les rumeurs de performance XXL.
Dans les quartiers, ces produits circulent comme des secrets bien gardés.
Mais derrière chaque sachet ou fiole, il y a une histoire : celle d’un homme qui veut impressionner, rassurer, ou parfois simplement exister dans une société où le désir de plaire ne s’éteint jamais vraiment.

