La République démocratique du Congo ne cédera à aucune capitulation ni humiliation diplomato-militaire face aux agressions extérieures, a affirmé lundi à Kinshasa le président du mouvement politique « Le Centre », lors de l’ouverture des dixièmes Universités d’Octobre tenues au Centre Nganda.
Placée sous le thème « La République n’ira pas à Canossa », cette rencontre a été l’occasion pour ce parti de formuler une doctrine de défense refondée, un soutien conditionné au dialogue national et un projet de transition vers une Quatrième République par voie référendaire à l’horizon 2028.
S’exprimant devant les cadres, militants et invités de son organisation, le leader du Centre a rappelé que la recherche de la paix ne doit en aucun cas se traduire par un bradage de la souveraineté ou de la dignité nationale. Passant en revue l’historique des crises sécuritaires dans l’Est du pays, il a souligné que l’agression rwandaise ne saurait être justifiée par de prétendues causes profondes de coexistence communautaire.
« Un Congolais n’est pas moins Congolais parce qu’il parle le kinyarwanda, qu’il soit Tutsi, Hutu, Luba, Kongo, Swahili, Mungala ou d’une autre communauté », a-t-il déclaré, insistant sur le fait que l’adversaire de la RDC n’est aucune ethnie, mais toute politique utilisant l’identité pour violer la souveraineté nationale. Il a dénoncé l’instrumentalisation continue de la tragédie du génocide rwandais de 1994 par le régime de Kigali pour maintenir une emprise de pillage et d’instabilité sur le Kivu.
Face au constat du recyclage perpétuel des rébellions (du CNDP aux différentes versions du M23), « Le Centre » propose une refondation globale de l’appareil sécuritaire articulée autour de neuf piliers stratégiques :
- Une loi de programmation militaire sur dix ans : Dotée d’objectifs précis, de budgets sanctuarisés et soumise à un contrôle parlementaire rigoureux.
- Un Fonds souverain de défense et de résilience nationale : Dédié au financement transparent de la modernisation des FARDC, du renseignement et de la logistique.
- La gestion biométrique et la traçabilité des effectifs : Pour garantir le paiement direct des soldes aux militaires et éradiquer la corruption dans la chaîne de commandement.
- Un commandement national du renseignement et du contre-espionnage militaire : Visant à détecter et neutraliser les infiltrations ainsi que les complicités internes.
- Une industrie nationale de défense : Le développement de capacités locales de production et de maintenance des équipements militaires.
- La rigueur dans la justice et la discipline militaire : Des sanctions sévères contre le détournement de munitions, la corruption et les désertions organisées.
- Un statut social renforcé pour le militaire : La prise en charge de la santé, du logement, de la scolarité des enfants et de la pension des familles des combattants.
- L’institutionnalisation de la Réserve Armée de la Défense (RAD) : L’encadrement légal et républicain de la force populaire sous l’autorité exclusive de l’État.
- L’encadrement des Wazalendo et le désarmement des FDLR : L’identification et l’intégration progressive des résistants civils admissibles au sein des forces régulières, couplées à l’exécution ferme du protocole de désarmement et de rapatriement des combattants FDLR pour ôter tout prétexte sécuritaire aux voisins.
Abordant la question de la cohésion nationale, « Le Centre » exprime son soutien au format du Dialogue national décentralisé initié en août 2026, s’étendant des 26 provinces jusqu’aux assises de Kinshasa. Cependant, le mouvement s’oppose fermement à toute intégration ou participation des groupes armés insurgés (AFC/M23) aux discussions sur la refondation politique de l’État.
« À Doha ou Washington, l’on peut discuter des modalités du cessez-le-feu, du retrait des troupes et de la sécurité des frontières. Mais au Dialogue national congolais, l’on discute de la République entre ceux qui reconnaissent la République », a affirmé le président du parti, refusant toute « prime constitutionnelle aux armes » ou partage des postes ministériels en rançon d’un territoire occupé.
Sur le plan institutionnel, le leader du Centre a réaffirmé son plaidoyer pour le passage à une Quatrième République, arguant que la Constitution de 2006, née des compromis de guerre, a atteint ses limites historiques face aux réalités sécuritaires actuelles.
Le parti suggère d’organiser d’ici 2028 une grande consultation référendaire pour interroger directement le souverain primaire sur la nouvelle architecture institutionnelle du pays. Toutefois, il pose un préalable absolu : aucun référendum ni aucune élection générale ne pourra se tenir sans le rétablissement préalable de l’intégrité territoriale et la libération totale du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
La Quatrième République préconisée reposera sur quatre principes cardinaux : la méritocratie dans l’accès aux charges publiques, la responsabilité et la sanction politique des échecs, l’autonomie budgétaire et juridique des contre-pouvoirs (Justice, Cour des Comptes, CENI) et une décentralisation effective pour rapprocher le développement des populations provinciales.
Enfin, le président du Centre a rappelé que la souveraineté nationale ne saurait être uniquement militaire ou politique, mais doit se traduire concrètement par l’indépendance économique à travers la promotion du « Made in Congo ».
Il a appelé à la transformation locale des ressources naturelles, au soutien des entreprises nationales via la commande publique (habillement de l’armée, mobilier scolaire), ainsi qu’à la réhabilitation de l’enseignement technique et professionnel pour garantir l’emploi de la jeunesse.
Clôturant ses travaux sur un message d’unité républicaine et de résistance populaire, « Le Centre » a réitéré ses principes directeurs : « La Nation avant les ambitions, le territoire avant les postes, l’État avant les partis, le peuple avant les candidats et la dignité avant la facilité ».

