Le commissaire supérieur de police Israël Sanga, réputé pour sa fermeté face à l’incivisme routier, notamment le roulage à contresens, est détenu depuis plusieurs mois. Accusé notamment de « dissipation de munitions », il affirme avoir tiré des coups de sommation pour se défendre lors d’une intervention nocturne menée par des hommes lourdement armés dépêchés dans des heures suspectes par le Conseil national de cyberdéfense (CNC). Son procès ouvert depuis trois semaines doit entrer dans sa phase d’instruction au fond.
À Kinshasa, Israël Sanga s’était fait connaître pour une pratique courageuse : rappeler à l’ordre les automobilistes qui s’affranchissaient du Code de la route, quelle que soit leur fonction.
Ministres, officiers supérieurs de l’armée ou directeurs généraux : le commissaire supérieur de police n’hésitait pas à interpeller les conducteurs roulant à contresens ou commettant d’autres infractions. Il tenait tête, refusait de laisser passer les inciviques. Les scènes étaient filmées.
Cette fermeté lui avait valu une certaine réputation au sein de la police et auprès d’une partie de l’opinion. Mais elle aurait également alimenté des tensions avec certains responsables, selon des sources proches du dossier.
Les premières informations faisant état de son arrestation évoquaient d’ailleurs une plainte introduite par un haut responsable mécontent de l’attitude de l’officier. Sa détermination à faire respecter les instructions du chef de l’État et les règles de circulation aurait été, selon ces mêmes sources, au cœur de ses ennuis.
Mais les éléments recueillis par DeskNews auprès de sources judiciaires et des avocats du policier dessinent un autre scénario.
Une arrestation en pleine nuit
Le 2 janvier 2026, il est environ 2 heures du matin lorsque plusieurs hommes cagoulés escaladent le mur de la propriété d’Israël Sanga.
Selon des sources judiciaires et les éléments communiqués par sa défense, l’officier, qui se sait menacé plusieurs fois par des hommes hautement placés, réagit en tirant quelques coups de sommation.
Il découvre ensuite que les hommes qui ont pénétré dans sa propriété sont du Conseil national de cyberdéfense, le CNC, un service relevant de la présidence de la République.
L’intervention tourne alors à l’arrestation.
Sanga est maîtrisé puis conduit vers une destination qui restera inconnue de ses proches pendant plusieurs mois. D’après sa défense, il ne sera officiellement déféré devant l’auditorat militaire qu’environ six mois plus tard.
L’affaire intervient dans un contexte particulier. Depuis plus d’un an, le CNC est régulièrement cité dans plusieurs opérations d’arrestation visant des officiers supérieurs des Forces armées de la RDC, des généraux, mais aussi des personnalités politiques. Ses méthodes et son rôle dans ces procédures suscitent des interrogations dans les milieux politiques et judiciaires.
Des tirs considérés comme une infraction
Israël Sanga est finalement poursuivi, entre autres, pour « dissipation de munitions ». Les tirs effectués dans la nuit du 2 janvier constituent l’un des éléments centraux du dossier.
Pour ses avocats, l’accusation ne tient pas compte du contexte dans lequel ces coups de feu ont été tirés. Ils invoquent « l’état de nécessité » et estiment que leur client était fondé à réagir face à des personnes dont il ignorait initialement l’identité et qui, selon eux, agissaient comme des « bandits ».
La défense conteste également une autre accusation : celle de « violation des consignes ». L’officier est poursuivi pour avoir affecté deux policiers à la sécurité d’un particulier.
Sur ce point, ses avocats soutiennent que la procédure avait été respectée et qu’Israël Sanga avait agi dans les limites de ses attributions en sa qualité de commandant d’une grande unité.
Une quatrième audience
Le dossier est désormais entre les mains de la justice militaire. Le procès en est à sa quatrième audience.
Ce jeudi, la cour militaire doit entamer l’instruction au fond lors d’une audience foraine organisée à la prison militaire de Ndolo, à Kinshasa.
Cette étape doit permettre à la juridiction d’examiner plus précisément les faits reprochés au commissaire supérieur de police, ainsi que les arguments de la défense.

