Le président Félix Tshisekedi, a enfin accepté la convocation imminente dialogue national inclusif destiné à tenter de sortir le pays de la crise politique et sécuritaire, marquant un revirement après plus d’un an de refus face à une revendication portée par les Églises, l’opposition et des organisations de la société civile.
L’annonce a été faite vendredi à l’issue d’une rencontre entre le chef de l’État et les responsables des principales confessions religieuses, dont le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa.
Le dialogue doit désormais entrer dans une phase préparatoire. Selon les responsables religieux, le président devra le convoquer par ordonnance, désigner les facilitateurs, définir leur mandat ainsi que le calendrier et le cadre des discussions.
Pour le cardinal Ambongo, cette décision constitue un « changement de cap » qui engage l’ensemble de la classe politique.
« C’est à nous tous, ceux qui sont au pouvoir comme ceux qui sont dans l’opposition, de nous inscrire dans cette dynamique pour qu’elle puisse porter des fruits et permettre aux Congolais de vivre enfin en paix », a-t-il déclaré à l’issue de la rencontre.
Ce revirement intervient alors que la RDC reste confrontée à l’offensive des rebelles du M23, soutenus selon Kinshasa par le Rwanda, dans l’est du pays, ainsi qu’à une profonde crise politique alimentée par le projet de révision constitutionnelle porté par le pouvoir.
Le gouvernement affirme que ce dialogue vise à renforcer la cohésion nationale sans remettre en cause les processus diplomatiques engagés à Washington et à Doha sur le règlement du conflit dans l’Est.
Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a toutefois précisé que le caractère « inclusif » du dialogue ne signifiait pas une ouverture à tous sans condition.
« Les Congolais qui participeront à ces discussions devront démontrer qu’ils ont rompu tout lien avec le Rwanda, que Kinshasa accuse d’être l’agresseur dans l’Est », a-t-il déclaré, évoquant la nécessité de construire un « front intérieur ».
Cette précision alimente déjà les interrogations sur le périmètre exact des participants. Les responsables religieux plaident pour un dialogue rassemblant l’ensemble des acteurs de la crise, y compris l’ancien président Joseph Kabila ainsi que l’AFC/M23.
Du côté de l’opposition, l’annonce est accueillie avec prudence.
Réunis samedi après une rencontre avec le cardinal Ambongo et les responsables de l’Église protestante, les dirigeants de la coalition C64 n’ont pas réussi à arrêter une position commune sur la marche prévue le 22 juillet contre le projet de révision constitutionnelle.

Selon plusieurs participants, une partie estime que l’annonce présidentielle constitue un signal d’ouverture justifiant un report de la manifestation. D’autres exigent, avant tout geste, la signature d’une ordonnance convoquant officiellement le dialogue et des mesures de décrispation politique, notamment l’abandon du projet de réforme constitutionnelle.
À l’issue de plus de deux heures de discussions, la coalition a décidé de poursuivre les consultations et de se retrouver lundi pour arrêter une position définitive. En l’état, la manifestation du 22 juillet reste maintenue, selon plusieurs responsables de l’opposition.
Le dialogue annoncé par le président Tshisekedi apparaît ainsi comme une tentative de relancer le consensus politique dans un pays confronté à une guerre persistante dans l’Est et à des tensions internes croissantes à deux ans de la fin du second mandat de Félix Tshisekedi.

