L’Inspection générale des finances (IGF) de la République démocratique du Congo engage une transformation de sa stratégie de contrôle des finances publiques en misant sur la digitalisation et un contrôle permanent des flux financiers, en remplacement progressif de la « patrouille financière » qui a marqué son action ces dernières années.
Lors d’une conférence de presse, l’Inspecteur général des finances, chef de service, Christophe Bitasimwa, a présenté un plan stratégique couvrant la période 2026-2028, dont l’objectif est de renforcer l’efficacité des contrôles afin de prévenir les détournements de fonds publics avant qu’ils ne soient commis.
« La patrouille financière a fait ses preuves et a beaucoup contribué à faire connaître l’IGF dans l’opinion. Mais ce n’était qu’un des modes de contrôle », a expliqué M. Bitasimwa.
Selon lui, l’IGF a d’abord privilégié, entre 2020 et 2021, des contrôles a posteriori. Une évaluation interne a toutefois montré que cette méthode intervenait une fois les infractions déjà commises, rendant la récupération des fonds détournés particulièrement difficile.
L’institution s’est ensuite tournée vers la patrouille financière, un contrôle concomitant destiné à prévenir les irrégularités. Cette approche a toutefois montré ses limites. « L’IGF n’a pas pour mission d’assiéger les gestionnaires », a souligné le chef de service, rappelant que plusieurs responsables publics estimaient être « étouffés » par ces contrôles permanents sur le terrain.
La nouvelle stratégie repose désormais sur un contrôle systémique rendu possible par la digitalisation. Connectée aux plateformes numériques des administrations publiques, l’IGF entend effectuer des contrôles à distance, à la fois avant, pendant et après les opérations financières, afin de cibler plus efficacement les risques.
« Le contrôle devient ainsi systémique », a insisté Christophe Bitasimwa, précisant que les descentes sur le terrain ne seront plus systématiques mais réservées aux situations présentant des anomalies.
Le responsable de l’IGF reconnaît toutefois que cette réforme se heurte encore à plusieurs contraintes. « Nous ne maîtrisons pas toutes les données financières qui circulent dans le pays. Tant que nous ne maîtrisons pas tous les flux, notre travail reste partiel », a-t-il déclaré.
En attendant la généralisation de la numérisation, l’IGF continuera notamment ses patrouilles au sein des régies financières pour lutter contre les fraudes et les exonérations douanières abusives.
L’institution prévoit de déployer l’essentiel de son infrastructure numérique d’ici la fin de l’année, avec l’ambition d’atteindre 90 % de digitalisation en 2029 et de rendre pleinement opérationnel son nouveau dispositif au deuxième trimestre 2027.

